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Accueil du site - ... et nouvelles technologies - Numérisation - La police scientifique au secours des bibliothèques

J’ai récemment eu l’occasion d’assister à la présentation d’une machine dont le nom seul suffit à faire rêver (ou pas) les plus amateurs de SF d’entre nous (et Dieu qu’il y en a) : le Video Spectral Comparator 6000.

Il faut bien dire que lorsque la bestiole est subitement apparue sous les ors de la République, le choc des cultures était tel qu’il ne manquait plus que la musique de John Williams pour se voir transporté dans une autre galaxie : une grosse boite métallique au design incertain, un ordinateur qui n’a pas grand chose en commun avec nos stations bureautiques habituelles et un écran TFT 30’’ Wide (cherchez pas c’est grand), le tout entouré d’hommes de l’art en complet qui parlent anglais.

Mais à quoi ça sert me direz-vous ? et bien c’est là que l’on a un peu des doutes. Cette machine merveilleuse est avant tout destinée à la police scientifique. Elle permet normalement de révéler tout ce que l’on ne peut pas voir, qu’il s’agisse de preuves d’authenticité (filigranes, encre phosphorescente, pastilles de terre rare et autres merveilles technologiques des passeports et pièces d’identité) ou de dissimulation volontaire (caractères effacés, grattés, raturés etc...). Comment ça marche ? Tout le monde a entendu parler de la photographie infrarouge ou ultraviolet. Et bien le VSC 6000 combine l’ensemble, avec de nombreuses options : courte ou longue fréquence, en lumière droite ou oblique. En outre, les lampes sont capables a priori de parcourir toutes les gammes intermédiares de l’infrarouge à l’ultraviolet pour trouver la teinte magique qui permettra de révéler au mieux l’information disparue, que l’on peut ensuite lire avec précision grâce à un zoom permettant de grossir 130 fois l’image sélectionnée.

En outre, la chose étant équipée d’un appareil photo numérique, il est possible, non seulement de conserver une trace de tous les examens et de leur faire subir tout un tas de transformations logicielles (via une sorte de Photoshop intégré) mais également de prendre plusieurs photos à des degrés d’exposition lumineuse différents, ce qui permet de soustraire les images entre elles pour enlever certaines couleurs. Plusieurs types d’exposition produisent de la chaleur mais la faible durée d’exposition permet une agression minimale du document.

Evidemment, le début de la démonstration commence par l’examen d’un passeport, d’un billet de banque étranger et tout est transcendant, le papier révèle tout ce qu’il a dire.

En revanche, la machine est subitement moins loquace sur des manuscrits hébraïques ou sur des carnets de jeunesse de Victor Hugo : gros problème de ces documents, ils sont reliés. Le VSC ne peut alors utiliser une de ses fonctions essentielles qui est de faire traverser le spectre lumineux au document. On devine alors des choses, mais pas forcément beaucoup mieux qu’avec une bonne vieille lampe de Wood, disent les spécialistes des collections.

Sur un grand dessin en revanche, dont on cherche à révéler le filigrane rendu invisible par les aplats de couleur, le test est plus probant car la faible épaisseur du document permet la traversée des rayons.

Sur un colophon graté d’un manuscrit médiéval, on parvient également à lire une date depuis longtemps illisible et sur lequel les meilleurs spécialistes avaient butés.

Sur un folio de manuscrit grec rendu complètement opaque par des champignons, on révèle brusquement la quasi totalité des caractères ! Mais il s’agit là d’une "simple" exposition aux infrarouges (ce que d’autres dispositifs photographiques plus simples font déjà).

Au final, le constat est mitigé : cet appareil rend de réels services mais les démonstrateurs se sont révélés parfois moins inventifs que l’ingénieur de la police scientifique qui assistait à la démonstration et qui semble avoir une plus grande habitude (son atelier possède la version précédente de l’appareil) et suggère des manipulations techniques ou physiques afin d’obtenir un meilleur résultat. D’autres de ses confrères précisent également que cet appareil n’est qu’un maillon de toute une chaîne technologique ET humaine qu’ils ont élaborés dans leurs laboratoires afin de réaliser des examens réellement performants des documents.

Le VSC 6000 vaut un peu plus cher qu’un bon numériseur professionnel A1. A l’heure où les bibliothèques commencent à peine à s’équiper afin de numériser en masse leurs collections, le choix est donc difficile (pour le même prix, vous pouvez réaliser quelques examens par an faisant la joie d’une poignée de spécialistes ou mettre en ligne des milliers d’images sur Internet faisant la joie des spécialiste ET, pour peu que la sélection soit bien faite, du grand public). Certains gros établissements ou laboratoires d’organismes transverses pourraient sans doute s’équiper et proposer une mutualisation. Le problème est qu’il faudrait que le public puisse avoir accès à cet appareil car ce sont souvent les chercheurs autant que les conservateurs qui, par leur longue observation des documents, en viennent à soupçonner l’existence d’une trace effacée. Dans le cadre d’un examen décalé en laboratoire, il est alors difficile de préciser à l’avance ce que l’on cherche à trouver et la façon dont il faudra faire examiner le document. Le vrai coût réside sans doute dans la mise à disposition d’un personnel très qualifié et passant beaucoup de temps devant la machine dont les capacités sont réelles et la manipulation pas forcément très difficile en soi, mais demandant beaucoup d’intuition pour réaliser LA (ou les...) prises de vues qui "feront la lumière"...

Enfin, une autre possibilité serait la coopération entre les institutions patrimoniales et les scientifiques de la police et de la gendarmerie qui pourraient peut-être réaliser à la demande des établissements des examens documentaires. Chacun y trouverait sans doute son compte mais reste à définir quelle charge serait possible afin que les uns comme les autres ne se détournent pas de leur mission première.

Informations complémentaires sur le VSC 6000 sur le site de son constructeur : http://www.fosterfreeman.com/products/documents/vsc6000/vsc6000.html

Institut national de la police scientifique : http://www.inps.interieur.gouv.fr/

Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) : http://www.defense.gouv.fr/gendarmerie/decouverte/missions/police_judiciaire/police_scientifique_ircgn/police_scientifique_ircgn

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